27 titres. 3h27 de concert. 3300 personnes suspendues aux lèvres d’un poète en colère. Damien Saez a transformé l’Arena du Pays d’Aix en un théâtre d’émotions brutes, sans artifice. Une scène dépouillée, une lumière quasi inexistante, cauchemar pour les photographes accrédités dont je fais partie, mais écrin parfait pour l’intimité que Saez installe dès les premières secondes.
D’entrée, l’ambiance est donnée : lumière tamisée, presque absente. Un canapé Chesterfield trône au centre de la scène, et Damien arrive, chapeau vissé sur le crâne, veste sur les épaules, comme s’il débarquait dans notre salon pour livrer ses vérités. Il nous embarque dans une première partie acoustique, délicate, feutrée, voilée même « littéralement » par un grand rideau qui masque les musiciens. Tout est pensé pour créer une bulle, une parenthèse presque silencieuse où les mots prennent toute la place.
Il ouvre avec Venise, puis enchaîne les titres comme Mon Influenceuse, Féministe I ou Lindsay, qui nous arrache des frissons et quelques larmes. Dans cette première heure, on écoute plus qu’on ne crie. On sent que le concert va être dense et habité.
Et puis vient Germaine. Le voile tombe. Le groupe apparaît. Le volume monte. Le public aussi. Le concert change de rythme, de ton, de texture. Le rock entre en scène, avec la rage et l’urgence qu’on aime chez Saez. Il dirige ses musiciens du bout des doigts ou d’un regard. Il balance J’accuse, Miami, Non merci Patron ou encore Rue d’la soif comme des coups de poing. Le public est debout, les poings levés, en communion avec chaque mot, chaque hurlement.
Ce qui impressionne toujours chez lui, au-delà de la longueur hors norme de ses concerts, c’est cette sincérité brute. Aucun filtre. Il parle vrai. Il regarde les gens dans les yeux. Il ne triche pas. Il nous fait rire, nous secoue, nous bouleverse.
Ce soir-là, on a eu droit à des extraits de Apocalypse, son dernier album, mais aussi à des classiques, des pépites, des surprises. Et quand les lumières se rallument après Tu y crois, on regarde l’heure : 3h27. Personne n’a vu le temps passer. On est rincés. Mais heureux. Lessivés. Mais vivants.
Bravo Saez…